Silence Taciturne.
Chapitre 1.
.:: Au Commencement ::.
« ...Quand j'étais petite, je voulais devenir docteur. Ensuite, la science m'a cassé la gueule donc je me suis tourné vers les mots. La plume est devenue ma meilleure amie et j'ai voulu être journaliste. Vivre en Afrique et être une femme indépendante. Aider, soutenir, parler, promettre, aimer, apprendre. Tels étaient mes mots favoris. Ce n'était pas tout : j'ai osé vouloir avoir ma propre bibliothèque : j'aime fondre dans les livres. J'avais juste voulu partager cette passion... Mon premier but : étudier à la Sorbonne. Qu'est-ce qu'il y a ? Ca vous amuse ? Oui c'est vrai, c'était bidon comme rêve. J'aurais dû y penser. Ne pas m'attacher à quelque chose d'irréalisable et essayer de faire quelque chose de concret. ET NON. C'est raté. J'ai eu mon bac de justesse et... il ne me sert strictement à rien. C'est joli, c'est bien, il décore le fond. J'ai pensé à écrire un livre : je sais un peu jouer du stylo. J'ai commencé... premier sujet... ah nan ce n'est pas intéressant... deuxième sujet... mais tout le monde s'en moque... troisième sujet... ennuyant... quatrième sujet... et ainsi de suite. Du coup, j'ai tout arrêté. Les rêves, la plume, l'indépendance... et la vie qui va avec. Vous savez quoi ? J'ai terminé caissière à Auchan. ... »
Je posais ma plume sur le coin de la table. Comme chacune de mes nuits, s'ensuivait le même rituel, le même dilemme, la même question et la même réponse : « Si tu tombes, c'est que tu ne veut plus de moi et je te promets que je n'écrirais plus jamais cependant si tu restes là, je continuerai à écrire ». Ma plume glissait, lentement d'abord, puis avec une frénésie affolante. Comme si elle ne voulait plus de moi, comme si elle n'en pouvait plus de cette écriture. Elle glissait, elle glissait, elle glissait... et comme chaque nuit, je la retrouvais sur ma moquette rouge où commençaient à s'éparpiller des gouttes d'encre bleu. Que pensez vous ? Que je tenais ma promesse ? Non. Jamais. Je n'ai jamais été fidèle vis-à-vis de ma plume. Cela l'agaçait, je sais. Elle pleurait, elle hurlait, elle gémissait. L'inspiration était là, oui comme chaque nuit, mais ma plume, ma folle plume, ne la laissait rarement s'infiltrer en elle. Et moi, je souriais. Car je savais, et je sais encore que malgré tout, malgré mes proches, malgré mes larmes, malgré mes sourires, malgré ma vie, malgré ma plume elle-même, je continuerai à écrire. Après tout, a-t-on déjà goûté à une si grande liberté ? L'homme est plus vivant sur papier qu'en chair et en os ! Croyez-moi. Lorsque j'errais dans les rues d'une ville quelconque, je voyais juste des visages masqués, des cadavres vivants, des semblants de sentiments, des déguisements sur chaque être humains ! Ma plume démasquait chaque regard, ressuscitait chaque mort, ma plume faisait valser les sentiments, ma plume dénudait l'Homme ! Elle m'aidait à avancer, à marcher, à respirer, à vivre, à aimer. Grâce à elle, j'avais su me trouver une bouée convenable parmi toutes celles que l'on me lançait. Une bouée qui m'avait permis d'affronter ma plume grande angoisse.
A cette époque là, j'avais longtemps hésité avant de me jeter à l'eau car plusieurs difficultés s'ouvraient à moi. L'eau m'effrayait énormément. Ses vagues furieuses, méchantes et horripilantes me répugnaient. Je fronçais les sourcils de dégoût lorsque je sentais des gouttelettes qui
RUISSELAIENT SUR MON CORPS. A six ans, les voyages en bateau étaient mes pires cauchemars. Ma mère m'empoignait le bras, en fixant ses sandales et me promettant qu'elles pourraient finir sévèrement sur mes fesses. Mon père n'arrangeait pas les choses. Ah mon père ! Ce personnage bourru, aux sourires souvent forcés, à la voix austère et grave, toujours prêt à me piétiner avec ses mots, tous aussi ardus les uns que les autres. Il souriait. Il souriait franchement ! Ma peur l'amusait, mes larmes provoquaient en lui des éclats de rire et moi, je pleurais de plus belle en observant son enjouement ! Ma mère lui ordonnait de se taire, mes frères pouffaient de rire, ma s½ur s'impatientait car le « jeune homme au sourire de prince » venait de poser le pied sur le bateau ! Vite, vite, il s'en va ! Mes pleurs se perdaient dans la foule, les pères de famille me regardaient de haut et les mères me montraient du doigt à leurs enfants. Regardez la gamine, elle a peur de l'eau !
A peine le pied sur le bateau que la nausée habituelle s'emparait de moi, s'accaparait de mon ventre en remontant doucement vers ma gorge au rythme du balancement du bateau.
Je regardais autour de moi, tentant désespérément de chercher quelque chose : n'importe quoi ! Une poubelle, un pot de fleur, un sac plastique ! Mais non, le bateau, lui aussi était contre moi. Finalement, comme chaque fois, le liquide verdâtre se retrouvait à mes pieds et les sandales de ma mère sur mes fesses. Il y avait aussi certains souvenirs qui renforçaient cette angoisse. Malgré mon jeune âge, il m'arrivait parfois, lors de ces voyages en bateau, de me souvenir d'un évènement qui provoquait toujours en moi des insomnies d'une, voir de deux semaines. Mes parents ne remarquaient rien mis à part les cernes profonds qui se creusaient sous mes yeux et cette allure de zombie qui rendait, encore une fois, mon père hilare. Ces pensées me hantaient ; chaque nuit la même chose. Un enfant qui se noie, une femme qui crie, des agitations, une lumière blanche, puis un vide, un énorme vide. Je mordais mon coussin, et pleurait silencieusement. Un jour, mon frère avait essayé de me rassurer en m'expliquant que l'eau avait peur de l'homme et qu'il n'y avait rien à craindre. Dites-moi, honnêtement, comment faire comprendre cela à un enfant alors qu'il s'est déjà mis une idée dans la tête ?
Puis un jour,
Il est apparu.
Mais ça, c'est une autre histoire.
Demain-Minuit.