Hier.
Un, deux, trois. Tout avait commencé comme ça. Je n'ai pas su pourquoi, je n'ai pas su comment mais c'était un début. Tout était là : les sourires, les larmes, les joies, les peines. Mais je faisais avec.
Il avait ôté mon coeur tout doucement en me promettant de ne pas le relâcher. Je crois que c'était ça la chute dans l'histoire, le piment, le serpent, l'erreur. J'ai vu ma jeunesse dans sa voix, dans ses yeux, dans son amour. Mais. Trois, c'était trop. Beaucoup trop. Est-ce moi qui devait partir ? Est-ce moi qui devait me retourner ? Je n'ai pas pu, je n'ai pas eu le courage. Puis un jour... Un, deux. Et on était bien. J'avais des rêves, des espoirs, j'avais crées un avenir pour lui, pour moi, pour nous. Je savais, j'en étais sûre. Tout était parfait, rien à se repprocher. Il avait tout, l'attention, la douceur, la gentilesse, l'amour, les mots, le soin. Cependant tout a une fin et ici, c'était bien trop beau pour être vrai. Il m'a appelé.
16h dans le café de la rue Beaumarchais. Il a parlé, longtemps ou alors trés peu, je ne sais plus. Un, deux, trois. Depuis toujours. Son coeur n'est pas à moi, sa vie n'est pas la mienne, son amour ne m'a jamais appartenu. Avais-je fait une erreur quelque part ? Peux-t-on pardonner une trahison, peux-t-on pardonner des mensonges ? Quitte à partager son amour, toute ma vie. Je ne sais pas s'il a fait le bon choix mais il est parti, sans se retourner.
La rue Beaumarchais hurlait comme jamais.Aujourd'hui.
Les gouttes de pluie ruisselaient sur la fenêtre à ma gauche. Le ciel pleurait, gémissait, hurlait. Les passants, affolés, couraient dans tous les sens en essayant de le fuir, de s'échapper de sa douleur, de le laisser seule avec lui même.
Nous étions assis dans un café, à gauche de la rue Beaumarchais. Un brouhaha s'élevait de chaque table mais son silence était encore plus assourdissant que ce vacarme. Les yeux fixés sur un coin de la table,
il se taisait. Comme il s'est toujours tut. Les mots n'étaient rien, ces mots que j'avais voulu lui hurler dans l'âme, n'étaient plus. Le temps pluvieux se jouait de nos regards fugitifs. Je baissais les yeux, il m'observait. Il baissait les yeux, je le désirais.
Qui étions-nous dans ce monde ? Quelle était notre place? Quels sont les rêves que nous avons détruits ? Quelles sont les envies que nous avons cachées ?J'ai commencé.
A quoi penses-tu. Il s'est mit à sourire, les yeux ailleurs, comme toujours. Comme trop souvent. A rien, me dit-il tout simplement.
Il leva les yeux, n'hésita pas, ne craignait rien.
J'ai senti une passion au bord des lèvres. Non, ce n'était pas de l'Amour. Non, ce n'était plus du désir. Une passion ardente, frémissante, lointaine et pourtant si proche. Une passion que rien ne pouvait égaler, une passion que personne ne pouvait m'arracher. Dans ces yeux, j'ai vu nos baisers perdus en haut d'une falaise, j'ai vu l'horizon, notre horizon, dans un crépuscule. J'ai senti sa main frôler la mienne, m'enfermer dans son coeur, caresser ma vie.
J'ai compris l'idéal d'un destin, d'un hasard. Dans ses yeux, j'ai appris la perte, j'ai appris l'absence. Je me suis vue, pas comme dans un miroir, non, car je me suis vue avec ses yeux. Dis-moi au revoir, ne te retourne plus, vas-t-en.
Je l'ai fait. Je suis partie en laissant mon regard dans ce café, à gauche de la rue Beaumarchais.
Demain.
Je l'avais aperçu au coin de la rue Beaumarchais, pas très loin du café. Malgré les rides au coin de ses yeux, j'avais su que c'était lui. Lui aussi, il me reconnut rapidement. Je lui souris, la tête légèrement penchée à gauche, comme à mon habitude.
« Tu vas bien ? Tu n'as pas changé dis donc ». Un sourire rapide, pour cacher l'amertume. Il me serra la main, court instant où tout défila. Il l'avait sûrement ressenti lui aussi.
Une brève esquisse du passé nous attachait l'un à l'autre, mais un brouillon reste un brouillon. Il se retourna, chercha autour de lui, fouilla ses poches, me sourit une seconde, leva la tête, siffla. Un silence, comme trois points de suspension éternelle. Hurle mon âme, hurle !
« Que fais-tu ici ? » Il s'était marié, puis avec sa femme, ils avaient décidé d'habiter ici. Il cherchait un cadeau d'anniversaire dans les alentours, cela faisait exactement 3 ans qu'ils étaient mariés. Ils avaient même une fille. Je n'eus même pas le temps de demander son prénom qu'il s'écria
« Sarah ». Fuis mon âme, fuis !
« Es-tu marié ? » Le désastre amoureux me colle à la peau, tu sais bien. Il ria. Est-ce donc si drôle que ça ? Il regarda sa montre : l'échappatoire finale, le compagnon le plus fidèle de ceux qui veulent fuir leurs défaites, leurs fautes. Tue mon âme, tue!
« Elle m'attends ». Et moi ? Ne t'avais-je pas assez attendu ? Regarde moi dans les yeux, vois cette détresse, cette haine. Ne te fie pas à mon sourire, tu es ma lame, ma larme. Un pas, deux pas, puis plus rien.
La rue Beaumarchais ne s'était jamais autant tue. Mémaliah.